Troubleyn | Jan Fabre

Resurrexit Cassandra

solo pour Stella Hoettler

Le solo Resurrexit Cassandra s’articule autour de la résurrection d’un messie féminin, Cassandre. Prêtresse, chamane, sainte femme et prophétesse de l’avenir. Elle aurait pu sauver le monde tant de fois déjà. Elle aurait pu éviter le massacre de la fière ville de Troie, la plus ancienne cité mythologique, anéantie dans un océan de feu, sous les pleurs et les hurlements des femmes violées et des hommes égorgés. Elle avait prédit le funeste destin de sa mère, le terrible périple d’Ulysse, le meurtre d’Agamemnon qui l’enleva à Troie pour en faire son esclave et sa maîtresse, sa propre mort… Cassandre murmure, gémit et se larmoie, elle répète ce qu’elle sait déjà depuis si longtemps, elle raconte les atrocités perçues par ses yeux de voyante, mais prêche dans le désert. Personne ne l’écoute, personne ne la croit, on la considère comme une allumée locale, une folle hystérique, une écervelée extatique.

Cassandre renaît de la mythologie grecque, et de la propre création de Fabre, Mount Olympus. To glorify the cult of tragedy. Elle émerge de son tombeau universel, de la nature qui l’a nourrie en son sein pendant des siècles, et se pare des éléments. Elle est le brouillard et la rosée. Elle est le vent. Elle est la fumée et le feu. Elle est la vapeur. Elle est la pluie. Sa résurrection relate l’histoire de la nature cyclique, des filaments de brume qui hydratent la terre, du vent qui ravive le feu et brûle la peau, de la vapeur des océans qui retourne au sol, attirée par le feuillage, par les forêts. Mais plus Cassandre scrute les profondeurs, les yeux fermés, pour voir au loin, plus sa bouche fait écho aux marécages, à la terre aride, au désert stérile. Son regard est obscur, toute lumière est éteinte, elle n’est que ténèbres. Ce qu’elle voit, c’est trop. Trop d’eau, trop peu de feuilles. Eaux saumâtres, eaux polluées, et déchets insulaires. Les blessures béantes de la nature, qui écorchent les yeux et la peau. Elle voit que le cycle tourne fou, que la nature est chamboulée, que tout est chaos. Les égouts sont mis à nu, les déjections s’écoulent dans les gorges. Les gens sont aveugles, elle le voit, ils n’écoutent plus les mots, mais les cris, tout a l’odeur du soufre et de la pourriture. À nouveau, Cassandre tente de parler, ses mots tranchent le bois, forgent le fer, soufflent le verre, cousent le cuir, mais pas une âme ne les entend, pas un regard de compréhension, pas un semblant de foi.

Elle parlera cinq fois, Cassandre. En cinq stations de deuil. En cinq éléments. En cinq couleurs. Sa résurrection, son retour de la terre qui la portait, qui maintenait la chaleur de sa peau et l’humidité de ses lèvres, est un chemin de croix. Elle n’a que de l’amour à donner, de la douceur en guise de rime, un souffle chaud, un air fiévreux. Elle danse pour nous, franchit les portes de la raison, elle est prête à s’abandonner complètement, là où le dernier fil de la pensée commence à s’effilocher, là où tout est silence, lumière, et pureté. Jusqu’à l’extase de l’être et ne plus être. Jusqu’à l’éternité. Jusqu’à l’harmonie. Jusqu’à l’incarnation du divin. Qui écoute ? Qui regarde ? De qui la peau est-elle encore perméable ?

Dans chacune de ses mains, la prêtresse tient une tortue, cet animal qui semble plus vieux que le temps. Elles ont survécu à tous les incendies du monde, à toutes les catastrophes écologiques, à tous les fléaux de l’Égypte. Leur peau est une armure, elle leur permet de rester douces et sensibles. Fabre les appelle des « pierres d’oracle », car les chamans et les voyants lisaient l’avenir dans les motifs et l’entrelacs de leurs carapaces. Elles font partie de Cassandre, et Cassandre fait partie d’elles. Cassandre est une motte de terre. Des sédiments, accumulés pendant des siècles pour devenir peau. Elle parle au travers le brouillard et le sol humide. Elle est un désir ardent et étincelant. Elle n’attend plus pour partager son oracle. Pour la dernière fois.

Resurrexit Cassandra est interprétée par Stella Hoettler, une performeuse ayant déjà joué divers rôles importants dans Mount Olympus et Belgian rules/Belgium rules. Elle incarne Cassandre sur scène et sur cinq écrans grandeur nature avec lesquels elle interagit.

Le texte a été écrit par l’auteur italien renommé Ruggero Cappuccio. La musique originale a été composée par le jeune compositeur français Arthur Lavandier.

Credits
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Conception et mise en scène Jan Fabre Texte Ruggero Cappuccio Musique originale Arthur Lavandier Flûte Julie Brunet-Jailly, Alice Szymanski Performeur Stella Höttler Voix masculine Gustav Koenigs Video Schande übers ganze Erdenreich! (2018) © Jan Fabre / Angelos (Anvers, BE) Musiques additionnelles Raymonda, Act III Variation IV par Alexander Glazunov, Mariinsky Orchestra & Victor Fedotov, Enta Omri par El Gamal, Wel Gammal & Hossam Ramzy (Songs do Médio Oriente), Zorzal par Chancha Via Circuitous & Wenceslada (Rodante), Short Belly Dance Drum Solo par Raquy & the Cavemen (Naked, 12 Middle Eastern Drum Solos) Dramaturgie Mark Geurden Conception lumières Jan Fabre, Wout Janssens Costumes Jan Fabre, Kasia Mielczarek Assistanat à la mise en scène et supervisation des répétitions Lore Borremans Techniciens Wout Janssens, Geert Van der Auwera

Production Troubleyn / Jan Fabre Coproduction TANDEM Scène nationale (FR), Napoli Teatro Festival (IT) , Tovstonogov Bolshoi Drama Theatre (RU), Charleroi danse - Centre chorégraphique de Wallonie-Bruxelles (BE)

 

 

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La biographie d' Arthur Lavandier
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